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[Interview] Terrabloc: l’innovation par la terre crue pour une architecture plus durable

par | Juil 8, 2026 | Actualités, Reportages

Terrabloc c’est aujourd’hui plus de dix ans d’expérience dans la fabrication de produits en terre crue. En récupérant des déblais d’excavation pour les transformer en blocs de terre compressée stabilisée (BTCs) dédiés à la construction, l’entreprise genevoise crée une boucle d’économie circulaire. Simultanément, elle contribue à réduire l’empreinte carbone des bâtiments en proposant une alternative aux matériaux conventionnels.

Entretien avec Laurent de Wurstemberger, Architecte et co-fondateur de Terrabloc

Depuis plus de dix ans Terrabloc cherche à promouvoir des matériaux de construction durables, notamment en fabriquant des produits en terre crue. De quoi s’agit-il et quelles sont leurs vertus ?

Notre premier bloc de terre compressée a bientôt 15 ans. Cela a été un long parcours, semé d’embûches, mais aujourd’hui, avec de nombreuses réalisations à notre actif, la terre crue est enfin une alternative crédible qui a fait ses preuves.

Ce matériau offre de nombreux avantages pour la construction. Pour un usage intérieur, elle apporte une véritable plus-value car elle régule l’humidité et apporte une bonne inertie – notamment pour les constructions en bois qui en manque. Elle offre également une bonne acoustique entre les espaces de vie, étant donné sa haute densité.

 Est-ce que cela en fait une alternative au béton ?

On ne peut pas remplacer le béton, hélas. Mais on peut minimiser son utilisation. Encore aujourd’hui, de nombreux projets utilisent le béton à outrance, pour des raisons de simplification de chantier et pour des raisons purement économiques. Le béton doit devenir un matériau précieux, que l’on utilise avec parcimonie, or on le coule partout et de manière abusive. On dit souvent : le bon matériau au bon endroit.

Outre un impact environnemental plus faible, vos produits créent une boucle d’économie circulaire locale. Quelles sont les maillons de cette chaîne de valeur ?

L’intérêt de la terre crue réside dans plusieurs facteurs positifs tout au long du processus. Tout d’abord, la terre est issue d’excavations de sous-sols régionaux, qui représentent des déchets de chantier ; l’idée est donc de valoriser ces déblais incultes et de les transformer en un matériau local et aux multiples qualités.

Ensuite, le partenariat avec une entreprise de la région valorise et maintient des emplois locaux. En Suisse romande, nous travaillons avec Cornaz SA qui nous accueille dans son usine pour une production industrielle optimisée. Enfin, la mise en œuvre nécessite un savoir-faire, un soin particulier, qui met en valeur le travail du maçon notamment. Le travail est visible et on peut le toucher, le sentir.

À quels usages sont destinés principalement vos produits ?

La plupart sont conçus principalement pour une application intérieure, soit des cloisons ou des doublages. Nous avons également eu l’occasion de faire plusieurs projets avec des murs porteurs, mais l’application est plus complexe dans la mesure où la mise en en œuvre est tributaires des intempéries – pour l’usage intérieur, nous pouvons livrer une fois que l’ouvrage est couvert et hors d’eau.

Il nous arrive également de faire des projets de façades, mais des précautions sont à entreprendre, comme de bonnes bottes (un socle pour éviter l’érosion due au rejaillissement de la pluie) et un bon chapeau (un avant-toit généreux qui évite que la pluie érode la tête du mur).

Quels sont les freins actuels à l’utilisation de vos produits ?

Le frein principal reste le prix, sensiblement plus élevé que celui des matériaux conventionnels – comme le placoplâtre, les plots de ciment et certaines briques de terre cuites par exemple. La raison principale ? Le prix de ces derniers ne reflète pas leur vrai coût, dans la mesure où ils sont très souvent importés et traversent l’Europe pour venir construire nos maisons.

Les normes représentent également un frein, même si tous nos produits sont certifiés et permettent aux ingénieurs d’être rassurés quant à leurs propriétés (mécaniques, thermique, acoustique ou feu) reportées sur nos fiches techniques.

Vous cumulez un savoir-faire rare dans ce domaine. Qu’est-ce qui a changé en dix ans ? Et sur quoi travaillez-vous maintenant ?

En effet, chaque projet amène son lot d’expériences et d’apprentissage. Les échanges avec des terrassiers locaux, des ingénieurs éclairés et des architectes pionniers permettent un enrichissement de savoir-faire merveilleux.

Aujourd’hui, nous travaillons sur d’autres applications que les cloisons et les murs. Depuis plusieurs mois, nous avons développé un système de plancher structurel en terre-bois : le TERRADEK, des éléments préfabriqués en usine, montés par un charpentier sur des cadres en bois préfabriqués puis livrés sur chantier. Cette nouvelle application offre de nouvelles perspectives, car de nombreux projets conçus en bois manquent d’inertie thermique. Cette solution offre également un plafond voûté caractéristique. Trois chantiers sont en cours et plusieurs projets à l’étude, en Suisse romande, mais également en Suisse alémanique où le marché est vaste et diversifié.