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Pro Béton : l’indispensable décarbonation du béton

par | Juin 13, 2025

Pro Béton : l’indispensable décarbonation du béton

Présent depuis plus de 40 ans sur le marché genevois, PRO BETON se distingue en parlant « béton bas carbone » et  « béton recyclé ». Depuis 2025, l’évolution du cadre normatif lui ouvre de nouvelles pistes pour développer de nouvelles recettes, plus ciblées, plus sobres et plus durables.

[Entretien avec Eric Guillot, Directeur Général de PRO BETON  SA]

Pro Béton est spécialiste du béton prêt à l’emploi. Quelle est l’histoire de votre entreprise ?

PRO BETON a été créée à Genève en 1982, par des entreprises de la construction qui cherchaient à assurer leurs propres approvisionnements. Un changement radical est intervenu en 2021 lorsque les anciens actionnaires ont cédé leurs parts à des entreprises qui regroupent les métiers du ciment, des granulats et du béton prêt à l’emploi : nous sommes ainsi passé d’actionnaires consommateurs de béton frais à des actionnaires fournisseurs de matières premières. Une collaboration étroite avec l’entreprise Vigier Ciments, troisième cimentier de Suisse, nous a dès lors facilité le développement de nouveaux produits.

Justement, on parle beaucoup de l’évolution du béton en ce moment…

C’est une période passionnante, la mauvaise image du béton évolue. C’est de la pierre liquide, qui a permis le développement de notre civilisation : son prix est faible, il est maniable et dure dans le temps. Mais son défaut majeur est d’être très émissif en équivalent CO2.

À l’échelle mondiale, on estime qu’il représente 7-8% des émissions de gaz à effet de serre. Cela étant dit, 85% de l’empreinte carbone du béton est due au ciment – alors même que ce dernier ne représente que 15% de la masse du béton. Notre proximité avec Vigier prend alors tout son sens. Si nos bétons classiques sont 15 à 20% en dessous des benchmarks nationaux en termes d’empreinte carbone, c’est aussi grâce à son savoir-faire et aux performances exceptionnelles de son site de Pery.

Vous parlez beaucoup de béton bas carbone et moins de recyclé. Pourquoi ?

Sur les chantiers genevois, on applique une règle du GESDEC : si je déconstruis un immeuble, son volume de béton doit se retrouver dans l’immeuble qui le remplacera en équivalent de granulats de béton recyclé. C’est clair, lisible et très bien fait. Raison pour laquelle une bonne partie de nos bétons contient des granulats recyclés.

Mais à titre personnel, mon sujet de prédilection est depuis longtemps le CO2. Je vous disais que 85% des émissions du béton provient du ciment. Pourquoi ? Parce que le ciment, c’est à 80% de la roche calcaire que l’on doit chauffer à 1450 °C, pour obtenir ce que l’on appelle du clinker. Le calcaire est en quelque sorte du CO2 pétrifié depuis des millions d’année ! Pour 1 tonne cuite, il libère 440 kg de CO2  en raison du phénomène de décarbonatation.

C’est donc au niveau des recettes que cela se passe ?

Les cimentiers ont déjà fortement substitué leurs combustibles fossiles par des combustibles alternatifs de recyclage pour améliorer leur empreinte carbone. Les fours sont aujourd’hui très performants mais le CO2 du calcaire reste le problème. Autrement dit, il faut diminuer le facteur clinker, par exemple en lui trouvant des substituts.

La bonne nouvelle, c’est que depuis cette année, le cadre légal nous ouvre de nouvelles possibilités. Auparavant, les choses étaient très normées : pour tel usage, le béton doit contenir telle quantité de ciment. Aujourd’hui, c’est au fabricant de démontrer que les performances de son produit répondent à son usage. On nous imposait des minimums, maintenant nous pouvons chercher les limites en valorisant notre savoir-faire et notre métier. À nous de jouer !

Cette annexe de la norme béton est entrée en vigueur en février. Les avez-vous déjà mis en application ?

Nous travaillons sur notre gamme béton Bas Carbone & Circulaire (BCC)depuis un an, en intégrant une part raisonnée de recyclé (20%). Lorsque l’on cherche la performance dans l’économie de la ressource, elle se fait rapidement au détriment du climat Il faut trouver l’équilibre.

Nous commercialisons dès aujourd’hui de nouvelles recettes 36 % moins émissives que la moyenne suisse , avec des nouveaux ciments additionnés à d’autres liants et adjuvants. Le béton, a longtemps dénigré des liants complémentaires parce que les normes compliquaient leur utilisation– on peut par exemple remplacer une part du calcaire chauffé par du calcaire broyé.

Votre catalogue propose combien de recettes de béton ?

Nous sommes des spécialistes du BPE (béton prêt à l’emploi), coulé dans les deux heures suivant sa production. On vient chez nous pour trouver le « béton à cinq pattes », très spécifique voire complexes. Aujourd’hui nous proposons environ 200 recettes classées mais nous allons vers leur multiplication. Nous poursuivons nos recherches pour encore baisser le poids carbone. Le béton est un élément structurel essentiel, sa mise sur le marché ne peut pas se faire à la légère.

Précisons qu’en Suisse, nous utilisons chaque année 1,6 m3 de béton par habitant et le béton le plus utilisé émet 188 kg eqCO2/m3. À Genève, il faut au bas mot compter 800’000 m3 de béton par année. Il ne fait aucun doute que le recyclage du béton est nécessaire. Mais travailler sur la dimension CO2 est indispensable.

www.probeton.ch