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[Pact’Matière & PME] Circea valorise et circularise le CO2 dans le Grand Genève

par | Avr 22, 2026 | Actualités, Reportages

L’économie circulaire est une opportunité pour l’ensemble du bassin genevois. Alors que le programme Pact’Matière vise à réduire l’empreinte matière dans le Grand Genève, des entreprises comme Circea, qui s’emploie à valoriser localement le gaz carbonique, se développe en adoptant un modèle d’affaires répondant aux principes de circularité et de durabilité

[Rencontre avec Jean-Valentin de Saussure, Co-fondateur et directeur de Circea SA]

Votre entreprise, active dans le bassin de vie genevois, est basée sur l’économie circulaire. Quelles sont les activités de Circea ?

Notre start-up est née en janvier 2024 dans le but de valoriser le CO2 d’origine biogénique, c’est-à-dire issu de processus de fermentation et de biométhanisation. Nous développons des systèmes et technologies de récupération et de purification du gaz carbonique et créons des filières pour son utilisation.

Quelles sont pour vous les principales opportunités offertes par la circularisation des modèles d’affaires ?

 Le point de départ de Circea est de penser en termes d’écologie industrielle ; pour nous, l’économie circulaire est une fantastique opportunité de créer de nouveaux modèles. Notre atout est de nous développer sur un marché existant auquel nous proposons une méthode nouvelle, décentralisée et en circuit court. Dans ce contexte, pour apporter une valeur ajoutée à quelque chose qui était considéré comme un déchet, nous travaillons sur des gisements de petite ou moyenne envergure et visons un réemploi local.

Concrètement, notre premier projet a vu le jour dans la brasserie La Nébuleuse, à Renens, avec l’installation d’un dispositif qui capte le gaz carbonique issu du processus de fabrication de la bière, par l’action des levures. Après purification, nous le réutilisons sur place à l’étape de gazéification de la boisson. C’est typiquement circulaire. La brasserie contourne l’achat et la livraison de gaz carbonique en valorisant ses propres déchets.

L’intérêt est aussi économique : le prix du CO2 conditionné a augmenté de 30 % au cours des deux dernières années et, à l’échelle suisse, un tiers est importé. Le même dispositif peut être appliqué chez les vignerons par exemple, qui l’utilisent pour assainir leurs cuves – on appelle cela l’inertage. Des applications dans la chimie ou le secteur médical sont également possibles.

 

Comment avez-vous pensé votre entreprise pour qu’elle s’inscrive au quotidien dans une logique circulaire ?

Circea est née par et pour l’économie circulaire, mais c’est un processus continu, d’autant que nous sommes une jeune entreprise. Récemment, nous avons décidé d’aller au-delà de la vente de machines en assurant la maintenance mais aussi la qualité du gaz produit – autrement dit, notre démarche s’inscrit dans l’approche « CO2 as a service ».

Quels sont les défis que vous rencontrez au quotidien pour atteindre des objectifs de réduction de l’empreinte matière ?

Notre principal défi est de promouvoir une solution circulaire alors que la question du coût reste cruciale. Dire que l’on est local ne suffit pas, nous devons argumenter en termes de sécurité d’approvisionnement et de prix. Pour la plupart des clients, la durabilité est un bonus… L’autre enjeu est de trouver des fournisseurs en Suisse ou en Europe. Là aussi c’est un challenge.

Selon vous, comment la dimension transfrontalière et territoriale du Grand Genève — telle que définie dans Pact’Matière — influence-t-elle les opportunités ou les défis pour une entreprise comme la vôtre ?

Les flux de matière n’ont pas de frontière et dépasser la logique territoriale élargit l’écosystème. Par ailleurs, nous sommes à la recherche de financement et, à ce titre, la dimension Grand Genève nous ouvre les portes du programme Interreg. A contrario, il faut composer avec des charges plus élevées côté suisse. Pour y faire face, la solution revient à s’appuyer sur la recherche d’innovation et proposer un savoir-faire rare à l’échelle locale.

Quelles seraient, selon vous, les mesures ou soutiens prioritaires de la part des collectivités, des institutions publiques ou des élus pour accélérer la transition circulaire des entreprises dans le Grand Genève ?

Si l’ambition est de faire passer les initiatives circulaires à une échelle plus industrielle pour atteindre les objectifs fixés par les collectivités, des soutiens sont nécessaires. Il faut des incitations sur le prix pour favoriser les produits durables ou circulaires. De même, les appels d’offres publics devraient intégrer davantage la notion de circularité, bien que cela pose ensuite la question de la certification de ces matières… Un autre point consiste à faciliter l’accès au foncier industriel et au financement des infrastructures.

 

Pact’Matière, le premier plan d’actions transfrontalier dédié à l’économie circulaire dans le Grand Genève, a été lancé en septembre 2025. Sa raison d’être : diviser par cinq l’empreinte matière sur le territoire d’ici 2050. En relocalisant les flux, l’économie circulaire est en effet un levier puissant pour générer de l’innovation et créer de l’emploi, renforçant ainsi la société et la robustesse de l’économie.

A gauche, Jean-Valentin de Saussure