Partie I – Réflexion, périmètre et premiers pas
Depuis 2025, le Musée d’ethno-graphie de Genève ancre sa stratégie sur la RSO, pour Responsabilité Sociétale des Organisations.
Le fruit d’un travail mené sur quatre ans, auquel il faut inclure un premier bilan carbone et plusieurs processus de certification – le MEG est le premier musée à détenir le label THQSE en Europe !
De quoi établir l’institution du Boulevard Carl-Vogt comme un exemple à suivre.
Tout a commencé avec le Plan stratégique 2020-2024 du MEG, dont l’un des axes était de « devenir un musée de référence en matière de développement durable ». Mission accomplie puisqu’il est aujourd’hui doté d’une stratégie qui guide ses choix ainsi que d’un plan d’actions annualisé.
Le contexte général qui a mené à relever ce défi est issu d’un postulat assumé : les musées qui ne s’interrogent pas de manière proactive sur le rôle qu’ils ont pu jouer et qu’ils jouent dans la perpétuation d’injustices sociales et environnementales, qui ne s’engagent pas activement dans une gestion durable des ressources et dans la promotion du mieux-être subiront une pression toujours plus forte. En outre, ils doivent assumer la responsabilité de faire se rencontrer et dialoguer des publics culturellement, socialement et économiquement divers, d’accueillir les controverses et les débats tout en promouvant le respect et la multiplicité des opinions.
Quatre piliers pour structurer la RSO
Ce postulat fait clairement appel aux trois dimensions du développement durable – sociale, économique et environnementale. Pour s’y conformer, le MEG a élaboré une stratégie cohérente qui s’inscrit dans plusieurs référentiels, à commencer par la Politique climatique de la Ville de Genève et la Feuille de route du Département de la culture et de la transition numérique. À d’autres échelons territoriaux, elle s’intègre également dans le Plan climat cantonal, la Stratégie pour le développement durable du Conseil fédéral ainsi que les Objectifs de Développement Durable de l’ONU.
Quatre piliers ont été définis pour structurer cette stratégie.
1. Pilier Environnemental
Dans le but de réduire l’empreinte carbone et la pression exercée sur l’environnement, ce pilier touche aussi bien au bâtiment qu’à la qualité de l’air et de l’eau, à l’énergie, au tri et à la valorisation des déchets – sans oublier la protection de la biodiversité qui ouvre des perspectives en matière de médiation.
- L’instauration d’une culture de travail écoresponsable ou la rédaction d’une Charte écologique contraignante pour les scénographies d’exposition (42 engagements répartis sur six axes) sont des exemples types d’actions menées dans ce domaine, tout comme la sensibilisation du personnel et du public aux écogestes ainsi qu’aux problématiques climatiques.
- La question des transports amène à réfléchir de manière globale : elle concerne l’encouragement du public et du personnel à la mobilité douce ainsi que la question de la mutualisation du transport des œuvres ou une stratégie de programmation responsable.
2. Pilier Social
Le MEG s’engage à prendre en compte les besoins de ses différents publics.
- En tant qu’employeur, il porte une attention particulière aux risques psycho-sociaux, à la qualité de vie et aux aspects santé et sécurité au travail.
- À l’égard de ses usager·ères (visiteurs et visiteuses, artistes, partenaires culturels et institutionnels, chercheurs et chercheuses, etc.), le MEG adopte une démarche inclusive et participative, fondée sur les droits humains et favorisant l’émancipation personnelle. Le Musée est également attentif à prendre en compte leurs attentes pour co-construire son offre culturelle.
3. Pilier économique
Ce pilier touche à la mise en œuvre de critères de qualité, éthiques et durables dans la gouvernance de l’institution, la politique d’achats, la qualité des prestations, etc.
- Le budget du MEG, issu de fonds publics, impose des dépenses responsables qui favorise la règle des « 5 R » (réutiliser, réparer, recycler, réduire, renoncer) dans tous ses domaines d’activité.
- La question des achats responsables, liée à la politique d’achat de la Ville de Genève, prend en compte l’économie sociale et solidaire ainsi que l’attention portée aux droits humains par les principaux fournisseurs et prestataires du MEG.
4. Pilier sociétal
Le pilier sociétal aborde l’ancrage du MEG dans son territoire ainsi que ses relations avec ses parties prenantes (publics, partenaires, prestataires, artistes, mécènes, sponsors, etc.).
- Le Musée a publié une Politique de programmation culturelle, issue d’une démarche de co-construction avec différentes parties prenantes, dans laquelle il définit les modalités de collaboration, notamment la participation équitable aux processus de décision.
- Le MEG entend renforcer son rôle de lieu contribuant au – mieux-être des publics, qu’ils soient bien portants ou non, en développant des actions destinées aux bénéficiaires de structures hospitalières.
- Le Musée participe activement à une critique décoloniale des institutions culturelles suisses ; il se positionne au cœur d’un réseau de partenaires effectuant des recherches en collaboration avec les représentant·es des de cultures concernées.
[Entretien avec Cendrine Hostettler, Chargée de mission RSO du MEG]
La stratégie du MEG reposant sur la RSO est entrée en force cette année. Qu’est-ce que cela a changé dans le fonctionnement de l’institution ?
C’est avant tout un aboutissement, dans la mesure où nous avons fait grandir le projet de stratégie entre 2020 et 2024, pas à pas. Plusieurs initiatives concrètes liées au développement durable ont été mise en œuvre par nos équipes sur cette période. Cela étant dit, ce qui a changé vraiment depuis le 1er janvier, c’est que la RSO est désormais le terreau sur lequel nous réfléchissons à notre fonctionnement.
Avez-vous pu vous inspirer d’exemples clés dans le domaine des institutions muséales ?
J’ai réalisé un benchmark en 2020 avec un premier constat : les musées anglophones et scandinaves ont vingt ans d’avance en la matière. Dans le monde francophone, l’approche s’est développée surtout sur la dimension environnementale – c’est un biais de compréhension provenant des démarches du développement durable e … La RSO est un concept et une méthodologie : nous voulions aussi travailler sur les dimensions sociales, sociétales et économiques
Et c’est dans le monde du théâtre que nous avons trouvé de nombreux cas pour nous inspirer. C’est un milieu dans lequel la réflexion est plus aboutie, peut-être aussi parce que les moyens à disposition l’ont rendue nécessaire, par exemple sur le volet économique.
Comment construire et déployer une stratégie fondée sur la RSO ?
Le point de départ, c’est le Plan stratégique 2020-2024, qui énonce le principe. Pour initier le processus, en parallèle de la construction de nos axes RSO, nous nous sommes appuyés sur des actions concrètes menées durant cette période et avons mené un audit qui nous a permis d’obtenir la certification THQSE.
Déployer la stratégie, c’est établir un plan d’actions annuel, suivant les quatre piliers RSO définis. Pour ce faire, nous avons créé un groupe durabilité, avec des collègues intéressés par le sujet. Le but : échanger sur les actions à mettre en place mais aussi partager les remontées d’informations issues des équipes et des visiteurs, en bénéficiant des recommandations d’une consultante en RSO, experte dans le domaine culturel.
Depuis janvier 2025, les plans d’actions sont validés – arbitrés si nécessaire – et monitorés par un COPIL stratégique qui réunit la direction et les responsables d’unité.


