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Laine & Sens : transformer la laine de mouton en matériaux biosourcés

par | Juin 18, 2026 | Actualités, Reportages

Lauréat de la Bourse Cantonale du Développement Durable 2026 et 3e Prix IDDEA en 2025, Laine & Sens cherche à valoriser une ressource naturelle et locale aujourd’hui sous-exploitée, pour ne pas dire gaspillée, faute de débouchés : la laine de mouton. En Suisse, elle représente 437 tonnes de déchets par année et un manque à gagner annuel de CHF 3,5 millions pour les éleveurs. En développant notamment des isolants et des panneaux acoustiques, la jeune entreprise re-crée une boucle d’économie circulaire disparue dans les années 90.

Entretiens avec Séverine et Jean-Christophe Minni

 

Quel est le point de départ de Laine & Sens ?

Séverine Minni – Tout est parti d’un constat, alors que nous assistions à une fête de transhumance. Après la tonte des moutons, des volumes importants de laine étaient abandonnés pour être jetés… Comment une telle ressource, naturelle, pouvait être gâchée ? Nous avons cherché à en faire quelque chose.

Pour replacer les choses dans leur contexte, quels soutiens ou quels débouchés sont offerts aux éleveurs en Suisse ?

Jean-Christophe – Il existe une subvention pour la valorisation de la laine. Mais elle est versée aux transformateurs, pas à l’éleveur. En revanche, la tonte des moutons est obligatoire et représente un poste de dépenses que l’éleveur doit assumer.

Dans les années 1990, la filière de la laine a été anéantie en Suisse, lorsque l’armée a cessé ses commandes pour se rabattre sur des matières synthétiques. Toutes les entreprises qui maitrisaient le lavage et le traitement de la laine ont décliné…

Vous avez rapidement identifié la piste des matériaux d’isolation. Mais une fois l’idée trouvée, par où commencer ?

Séverine – Nous avons d’abord échangé avec des acteurs de l’économie circulaire, pour confirmer la pertinence et la validité du concept. Ensuite, nous avons postulé – avec succès – au concours IDDEA pour bénéficier d’un encadrement. Une étape très intéressante, qui nous amené à aller au-devant de personnes cibles et sonder leur intérêt. À cela s’ajoute le soutien de la plateforme Star’Terre.

Et chemin faisant, vous avez identifié d’autres débouchés …

Jean-Christophe – Nous nous sommes rendus compte que la fabrication de panneaux acoustiques était encore plus intéressante, dans la mesure où elle exploite tout le potentiel de la laine et ses propriétés de régulation de l’humidité, de dépollution de l’air ainsi que ses qualités anti-feu. En outre, la demande pour ce type de produits existe, notamment de la part des architectes d’intérieur.

Cela étant dit, à l’heure actuelle, le plus important reste la mise en œuvre d’un procédé mécanique de lavage de la laine, sans eau ni chimie. C’est notre priorité, afin de recréer une chaine de valorisation locale.

D’autres pistes sont envisagées, comme la valorisation des sous-produits de la laine extraits lors de son traitement, en l’occurrence la lanoline, utilisées dans le domaine pharmaceutique. À cela s’ajoute la fabrication de filtres pour l’eau ou l’air ainsi que des pellets qui peuvent être utilisés comme fertilisant ou pour le chauffage.

Vous avez bénéficié d’un soutien académique ?

Absolument. Nous validons avec l’HEPIA la qualité du processus de lavage et de traitement avant de l’implémenter pour dépasser l’échelle du prototype. Nous avons un réseau auprès des éleveurs dans le Grand Genève ; l’intérêt pour notre solution est clair mais nous devons désormais leur amener du concret.

Au-delà de la circularité, vos produits ont aussi des qualités en termes de durabilité

Séverine – Notre approche est clairement inscrite dans une économie circulaire. Même en fin de cycle, nos produits seront utilisés et tous nos déchets seront des sous-produits. De même, selon une première analyse, ils participent à la séquestration du dioxyde de carbone, à raison de 60 kg de CO2 par m3 de laine transformée

Il y a également une dimension sociétale qui est primordiale. Nos produits apportent une juste rémunération aux éleveurs. De même, le process industriel implique la réinsertion de jeunes via des organismes tel que ForPro mais aussi des personnes issues de l’Hospice générale ainsi que des personnes de 50 ans et plus qui transmettrons leur savoir à des plus jeunes.

On vous imagine très occupés…. Quelles sont vos prochaines échéances ?

Depuis février 2025, nous travaillons au développement du concept à l’échelle industrielle ; la priorité est de mettre en œuvre une ligne pilote de lavage et de traitement entre 2027 et 2028.  En parallèle, nous poursuivons la gestion de projet afin de créer un centre de lavage national sans eau et sans chimie et valoriser laine de mouton en matériaux biosourcés et de lui redonner sa place de ressources noble tout en répondant à un besoin. Notre priorité actuelle est d’être focus sur la validation de nos produits pour viser la phase d’industrialisation.