[Interview] La Manivelle: ses objets, ses projets (partie 2/2)
Entretien avec Julien Diebolt, Responsable communication de La Manivelle et Responsable de l’antenne des Pâquis
La Manivelle a été créée en 2018 par quelques amis étudiants, selon un concept existant au Canada et dans les pays nordiques. Quel modèle initial a été choisi et comment a-t-il évolué ?
Au tout début, il fallait être coopérateur pour emprunter un objet, ce qui signifiait souscrire à une part sociale de 100 francs. Mais il s’agissait d’un frein trop important, d’autant que le concept était méconnu et mal compris. Sans oublier que le choix d’objets était limité.
Cette obligation a été rapidement remplacée par un pass de 100 francs. Une fois encore, un obstacle. Le système « je paie à l’emprunt » est vite devenu une évidence…
Aujourd’hui, La Manivelle est la plus grande bibliothèque d’objets de Suisse, son concept est connu et reconnu. Qu’est-ce que cela représente en chiffres ?
À ce jour, ce sont plus de 4500 objets au catalogue et environ 4600 personnes inscrites. En 2025, nous avons enregistré 25000 prêts ! Cela demande une logistique efficace entre les antennes, l’idée étant que les objets que vous avez réservés sur notre site internet vous soient remis au même endroit.
Environ 80 % des objets proviennent de dons de particuliers et une petite partie de dons d’entreprises. Selon les subventions que nous recevons, nous achetons également certains objets pour remplacer ou compléter notre catalogue.
Chaque antenne de La Manivelle développe sa propre identité…
Chaque responsable d’antenne développe un lieu selon ses affinités et l’espace à disposition. À Lancy par exemple, où l’antenne a été ouverte en partenariat avec la commune, vous pouvez prendre part à des ateliers.
Précisons que toutes les antennes sont aussi des points de collecte de l’Atelier Réparation, une des associations de la MACO. Vous pouvez y déposer les objets pris en charge par l’Atelier – la liste est disponible sur son site et sur le nôtre – en vue de leur réparation qui se fera la base d’un devis à 20 francs. De nombreuses personnes découvrent La Manivelle par ce biais d’ailleurs.
Votre rôle de formateur est également important…
Absolument, nous accueillons des profils très divers, qu’il s’agisse de stagiaires, d’apprentis ou de personnes issues de l’Hospice général ou de l’AI. En 2025, 39 personnes ont pris part à notre programme de formation, dans des secteurs comme la logistique, l’accueil ou l’administratif. L’idée est de toucher à tout avant de s’orienter selon ses affinités.
Question budget, comment fonctionnez-vous ?
Notre priorité est de rester sur un emprunt accessible au plus grand nombre, c’est impossible de le faire sans soutien. Les subventions représentent 75% de notre budget.
Nous sommes la plus grande bibliothèque d’objets de Suisse, nous avons notre public et nos prestations sont appréciées. Le soutien de nos partenaires publics et privés est essentiel : c’est grâce à lui que La Manivelle a pu exister et grandir. Notre défi aujourd’hui est de pérenniser ce modèle, qui évolue constamment pour gagner en autonomie et diversifier nos ressources financières.
Sachant aussi que votre action est reconnue. Avez-vous quantifié son impact?
Nous pouvons l’estimer grâce au calculateur SIG. En empruntant des objets au lieu de les acheter à plusieurs exemplaires, 642 tonnes de CO2 ont été évités en 2025. Et c’est une estimation basse !
Pourquoi ne serions-nous pas reconnus d’utilité publique, au même titre qu’une bibliothèque qui propose des livres ? Nous avons franchi le cap symbolique des 100’000 emprunts depuis 2018. Mais il faut préciser qu’en 2025 seulement, ce sont 25000 emprunts qui ont été enregistrés ! C’est dire si notre progression est exponentielle.
Cette accélération pose de nombreux défis… Est-ce qu’elle vous impose des limites ?
Depuis peu, nous atteignons un plafond de verre lorsque le même type d’objet est demandé par de nombreux utilisateurs et utilisatrices au même moment. Mais est-ce qu’il fait sens d’acheter des objets supplémentaires pour éviter cette situation ? Au-delà, il faut se rendre compte de la logistique que notre système implique. Enfin, nos antennes sont ouvertes l’après-midi en semaine, de 14 à 19h – et le samedi de 10 à 15h mais uniquement aux Charmilles. Il est impossible d’étendre ces horaires pour des questions de budget.
Mais nous ne sommes pas à court d’idée. Nous disposons également de quatre pick-up relais, pour améliorer notre accessibilité – vous pouvez par exemple retirer vos objets dans les bureaux du Comptoir Immobilier. À cela s’ajoute un projet pilote de casier connecté, installé dans un immeuble, qui met à disposition une sélection d’objets indispensables.
Vous n’avez pas vu le début? À lire ou relire ici:
La Manivelle, la bibliothèque aux 4500 objets à emprunter
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