[Interview] Cyclovoirie : en selle pour valoriser les déchets organiques
Rencontre avec Micael Da Costa, Co-fondateur
de Cycloo Suisse Sàrl
Cyclovoirie est un maillon essentiel de la circularité des déchets en proposant une solution pertinente aux questions de logistique. Comment votre concept a-t-il réussi à s’imposer ?
Tout a commencé avec la création de Cycloo Suisse Sàrl qui, à ses débuts, proposait des balades ou des transports à vélos ; c’est toujours le cas avec le service Cyclomouv. Mais aujourd’hui, notre première activité est Cyclovoirie qui propose aux communes et aux restaurateurs des services de logistique « du premier kilomètre ».
Le concept est issu d’une demande de la commune de Troinex par l’intermédiaire de Florence Matthey-Doret: c’est elle qui nous approché alors qu’elle cherchait une solution pour la levée des déchets organiques dans plusieurs points de collecte répartis dans le village. C’est ensuite Plan-les-Ouates qui nous a sollicités à travers un appel d’offre sur invitation pour la levée des poubelles de rue. Avec ces deux contrats actifs, les autres communes nous ont pris au sérieux : Meyrin nous a mandaté pour la récolte des capsules de café et, dans un second temps, pour la pose des affiches communales. De même, Carouge nous a confié le nettoiement des parcs publics à travers un autre appel d’offre remporté.
Un concept de base qui repose sur une flotte de vélos électriques, qui s’adapte à tous types de besoins et parfaitement optimisé à l’échelle d’une commune. Quels sont les autres avantages de votre offre ?
Les vélos sont bien plus agiles que les camions… Nous assurons une collecte silencieuse, moins encombrante et sécurisée, un atout dans les centres de villages ou à proximité des écoles, mais également un contact plus chaleureux avec les habitants.
Avec un camion, les poubelles doivent être pleines pour que l’opération soit rentable. Pour nous c’est différent, on doit passer plus souvent pour éviter les trop gros volumes. Un plus par rapport aux odeurs, surtout en été. Sans oublier la flexibilité du concept bien sûr.
À ce titre, vous vous adressez également aux restaurateurs…
Les restaurateurs ont l’obligation légale de valoriser leurs déchets organiques. Mais, selon un rapport du GESDEC, la plupart des volumes ne sont pas collectés pour une raison bien simple : la taille des containers à disposition est inadaptée à de nombreux établissements.
Nous proposons une alternative crédible et flexible, qui facilite la vie des restaurateurs, qui n’ont plus à « monter » la poubelle mais aussi s’adapte aux zones piétonnes ou aux quartiers où la circulation est difficile. Nous avons remporté le Prix cantonal du développement durable en 2025 grâce à ce concept ainsi que le prix DSR, propriétaire des restaurants d’entreprises Eldora, en 2025 également.
Où vont les déchets collectés ?
Ce qui est levé sur un territoire communal est centralisé puis acheminé vers l’installation de compostage de méthanisation du site de Châtillon, à Bernex. Précisons qu’une petite partie des volumes est confiée à la société RVM qui le livre à Biogaz Mandement. À ce titre, la construction de Pôle Bio à Satigny pourrait grandement changer les choses à Genève en facilitant la valorisation des déchets organiques.
En chiffres, que représente Cyclovoirie ?
Notre équipe compte 10 personnes, à des taux d’occupation allant de 20 à 90%. L’emploi se double d’une dimension sociale chez nous, avec l’embauche d’étudiants de la Boîte à boulots et un accord avec la COMETE à Meyrin. Depuis sa création en septembre 2023, plus de 1200 tonnes de déchets ont collectés et 13500 km parcourus à vélo. Et une économie proportionnelle d’émission carbone par rapport aux transports en camions évités…
Et comment voyez-vous l’avenir de la société ?
Une étude menée à Milan a démontré que la multiplication des points de collecte est indispensable pour que la valorisation des déchets organiques soit un succès. La ville, qui était un cancre en la matière, est désormais l’un des premiers de classe en Europe. Et dans ce contexte, notre solution est efficace, concurrentielle et souple : nous allons prospecter d’autres communes.
Cela étant dit, notre principal problème est que les appels d’offres actuels portent sur des solutions globales, qui touchent à tous les déchets. Pour que la collecte soit plus écologique, il faut que cela change. En attendant, nous cherchons à développer des partenariats pour faire face à cette situation. Dans un autre registre, nous testons la levée d’autres type de déchets auprès des restaurateurs.
