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[FOCUS ECOMAT GE] Rue de Lyon 106 : favoriser le béton recyclé, c’est anticiper

par | Oct 16, 2024

[FOCUS ECOMAT GE] Rue de Lyon 106 :  favoriser le béton recyclé

Trois projets exemplaires du Grand État en matière de recyclage et de réutilisation de matériaux minéraux de chantier

Le 106 Rue de Lyon est actuellement un chantier qui verra la création de 156 logements et la mise à disposition d’environ 11 000 m2 de surfaces artisanales. Trois immeubles doivent en effet remplacer le garage Fiat qui occupait cette parcelle de 10 500 m2, propriété de la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG). Ce chantier de démolition-reconstruction démontre la nécessité d’intégrer les critères de durabilité – et notamment l’usage du béton recyclé – le plus tôt possible dans les réflexions.

[Entretien avec Johann Blanc, Ingénieur civil, Thomas Jundt Ingénieurs Civils SA]

Le chantier « Lyon 106 » est en cours, les fondations sont achevées et les premiers locataires attendus en 2026. Depuis quand travaillez-vous sur ce projet ?

Depuis 2021, lorsque la CPEG a lancé un appel d’offres auprès de bureaux d’ingénieurs, en soulignant sa volonté de déployer les principes de durabilité dans le projet de construction. Nous avons fait des propositions, notamment en prenant le parti de réutiliser sur place les matériaux issus de la démolition de l’ancien bâtiment industriel, sans renchérir ni le coût de construction ni les honoraires.

Entre ce moment et le début du chantier proprement dit, en 2024, trois ans se sont écoulés…

C’est dire si nous avons pu intervenir très tôt dans la réflexion et interagir avec les différents acteurs. C’est l’enseignement principal de ce chantier : intégrer très en amont le développement durable aux réflexions permet d’étudier des solutions optimales. A l’inverse, plus on attend, plus les critères de durabilité deviennent un « problème » à résoudre…

Revenons à 2021. À quoi donnez-vous la priorité dans votre proposition ?

Nous sommes sur un chantier de démolition-reconstruction et nous savons que le projet architectural se prête au béton recyclé. Notre fil rouge sera la temporalité du projet, soit de privilégier une construction en deux temps : les deux premiers bâtiments seront construits avant de lancer le chantier du troisième. L’enjeu est clair : si l’on choisit de recycler sur place, ce décalage permet de disposer de la place suffisante pour stocker les gravats, les concasser et installer une centrale à béton sur site.

En termes environnementaux, concasser sur site évite aussi l’évacuation de 10’000 tonnes de gravats et la livraison de 10’000 tonnes de granulats à béton…  Sachant qu’un camion représente 25 tonnes, on supprime environ 800 transports en camion. Seul bémol, l’exploitation du dernier immeuble sera différée, un point que la CPEG assume totalement.

Dès lors, comment passer à la mise en œuvre ?

La première étape, avant la démolition, c’est de qualifier la ressource, autrement dit comprendre comment a été construit le vieux bâtiment pour savoir ce que l’on a à disposition.

Ensuite, nous avons mené nos réflexions sur l’utilisation du béton. En 2021, il était courant de dire que l’accroissement de la part de béton recyclé impliquait d’utiliser davantage de ciment dans la recette. Au final, on économise de la ressource, on minimise la mise en décharge mais on a construit un bâtiment dont le bilan CO2 est plus élevé. C’est gênant… Aussi, on en est venu à travailler avec des bétons moins résistants mais amplement suffisants en termes de contraintes, résistance, déformation, etc. Ce choix a permis de ne pas augmenter l’utilisation de ciment dans les bétons du projet et ainsi limiter le bilan CO2.

Le fait est que trop souvent encore, le béton utilisé est de trop bonne qualité par rapport aux exigences structurelles car les bons bétons sont devenus la norme et n’engendrent ainsi quasiment pas de surcoût sur la construction. Nous avons cherché à dépasser cela, en dialoguant avec l’architecte et le client pour ajuster le projet après avoir identifié des économies de béton potentielles et proposé des modifications dans le tracé du sous-sol. Ici aussi, la logique est d’intervenir au plus tôt. L’objectif défini est d’utiliser le bon béton,  au bon endroit, sans devoir augmenter l’épaisseur des éléments constructifs ni augmenter la quantité d’armature.

Restait à choisir l’entreprise de maçonnerie…

Nous avons travaillé sur un appel d’offres qui comportait dix cahiers. Dans ce contexte aussi, nous avons placé le béton recyclé au centre de la réflexion. D’habitude, l’entreprise A démolit, l’entreprise B recycle, la C coule le béton, etc. Pour nous, le maçon appelé à couler le béton doit être impliqué dès la démolition, pour qu’en bout de chaine, le béton de démolition soit de la meilleure qualité possible, c’est-à-dire trié au mieux. ,. Pour les soumissions, nous avons exigé que les entreprises intervenantes soient liées au sein d’un groupe ou d’un consortium.

Dans les faits, quelle proportion de béton recyclé avez-vous pu utiliser ?

Avant de trouver la recette adéquate, il y a une importante phase d’analyse et d’essais menée, sur la qualité du concassage et la granulométrie du matériau à disposition. Le travail du démolisseur et du maçon, en l’occurrence le consortium d’entreprise Sotrag – Construction Perret, commence ici.

En impliquant l’entreprise de maçonnerie dès la démolition, elle peut intervenir et conseiller sur la manière de trier les gravats, de concasser, etc. Elle participe donc au processus de transformation des « déchets » de démolition en ressource. Cela lui permet également de mieux maitriser la recette de béton et garantir l’homogénéité de celle-ci.

Afin d’anticiper la construction, nous avons effectué des tests avec des échantillons, dans une centrale à béton similaire à ce que nous projetions d’installer à la rue de Lyon. Au final, nous avons atteint 40% de béton recyclé pour le radier et les murs du sous-sol ainsi que 50 voire 60% dans les étages.

Inscrire très tôt les questions de durabilité dans le projet, faciliter le dialogue entre l’architecte, l’ingénieur et le maître d’ouvrage, intégrer l’entreprise de maçonnerie dès la démolition… tout est affaire d’anticipation.

C’est le principal enseignement de la Rue de Lyon, le dialogue a permis de tirer le meilleur du projet – alors qu’il reste beaucoup à expérimenter sur les chantiers en général.

Dans ce contexte, quel est l’apport du programme ECOMAT GE dans l’évolution des pratiques ?

Le programme ECOMAT GE est intéressant parce qu’il rassemble. Dans les faits, le GESDEC nous apporte des solutions et, en retour, en tant que professionnel, nous partageons nos expériences afin que l’autorité soit en phase avec la réalité des chantiers. De même, nous nous impliquons dans le cadre des formations continues pour que tout notre secteur en tire parti.

www.jundt.ch

*Impliquant les maitres d’ouvrage publics et les acteurs genevois de la construction, le programme ECOMAT GE a pour objectif de promouvoir le recyclage et la réutilisation des déchets minéraux de chantier dans la construction dans le but de répondre à deux défis majeurs du secteur genevois de la construction: l’engorgement des sites de stockage et la préservation des ressources naturelles de gravier. Piloté par le GESDEC, le programme ECOMAT GE a motivé diverses publications dont les guides techniques, et le Plan d’Actions dans le cadre d’une démarche participative ayant réuni une centaine d’acteurs. Par ailleurs, il participe à la formation des professionnels de la construction à travers la formation continue sur la Valorisation des matériaux minéraux de chantier dans la construction: Valorisation des matériaux minéraux de chantier dans la construction | HEPIA (hesge.ch)