Hyundai Motor a annoncé mercredi qu’il vendrait à la Suisse 1000 camions fonctionnant à l’hydrogène au cours des cinq prochaines années, faisant le pari de prendre de vitesse les camions électriques que prévoit de fabriquer Tesla.
Mille camions électriques à hydrogène devraient bientôt sillonner les autoroutes de Suisse. Le constructeur automobile Hyundai a annoncé avoir choisi la Suisse pour lancer la première flotte mondiale de camions, qui utiliseront une pile à combustible à hydrogène. Pour ce faire, Hyundai a signé un protocole d’accord avec la start-up zurichoise H2 Energy pour commercialiser ces camions dans les cinq ans. Le constructeur sud-coréen a trouvé en Suisse un marché particulièrement intéressant pour se lancer.
L’offensive de Hyundai n’arrive pas par hasard: le constructeur sud-coréen veut prendre de vitesse Tesla et Daimler qui ont tous deux annoncé le lancement de camions électriques pour l’année prochaine déjà. Hyundai a choisi la Suisse, pays au coeur de l’Europe connu pour son appétit pour les hautes technologies.
Taxes qui incitent à la transition
Mais les taxes poids lourds particulièrement élevées dans la Confédération accélèrent aussi la transition vers la mobilité écologique. « Pour faire aller les camions sur le train, les taxes poids-lourds en Suisse sont élevées. Elles agissent comme une incitation à la mise en place d’une mobilité électrique à hydrogène pour les camions », explique Rolph Huber, directeur général de H2 Energy.
Hyundai livrera ses camions à hydrogène en Suisse entre 2019 et 2023. La start-up H2 Energy s’occupera de la maintenance des moteurs et de l’adaptation des véhicules à leur usage. Mais pour permettre à ces 1000 poids lourds de rouler sur tout le territoire suisse, il faudra multiplier les stations d’hydrogène.
Réseau de distribution à développer
Sur ce point, Rolph Huber se veut confiant. « En mai 2018, une association privée a été fondée, avec de nombreux propriétaires de stations-service et des grands distributeurs (Avia, Coop, Coop Mineraloel, Migros, Migrol, Agrola et Fenaco) », expose-t-il. « Leur but est de développer un réseau de distribution d’hydrogène, et il y a une grosse demande de leur part pour posséder des camions qui fonctionnent avec cette énergie. »
Cet optimisme s’explique aussi par les chiffres: dix camions suffisent pour rentabiliser une station d’hydrogène.
Invité dans La Matinale vendredi, Hubert Girault, professeur à l’EPFL, spécialiste en chimie et en électrochimie, explique la différence entre les voitures à hydrogène et électriques. « Les deux sont électriques. Dans le véhicule à hydrogène, l’électricité est produite en roulant à l’intérieur du véhicule avec une pile à hydrogène. »
La différence réside dans le poids, la batterie électrique étant très lourde, spécialement celle des camions. « Pour la voiture, par contre, la batterie est intéressante », note Hubert Girault.
La Suisse, laboratoire technologique
Ces camions à hydrogène qui circuleront bientôt dans le pays sont « une opportunité », affirme le scientifique. « La Suisse est en avance pour la promotion de ce genre de technologies, nous sommes un laboratoire technologique, c’est un rôle gratifiant. »
Une bonne partie des 1000 camions roulant pour Coop, « ils n’auront même pas besoin d’un réseau de stations-service très développé: les camions font le plein d’hydrogène le matin au dépôt », explique Hubert Girault.
La voiture électrique généralisée
Même si les constructeurs se livrent actuellement une lutte acharnée, « tout le monde va gagner la course », à en croire Hubert Girault. « Bientôt, tous les fabricants offriront des voitures électriques, il n’y a pas que Tesla. Tout le monde conduira des voiture électriques d’ici deux à trois ans. »
Et cela, même sans incitation des Etats, note le chercheur. « Le rôle des pouvoirs publics sera d’adapter la réglementation. »
Source: article RTS du 21 septembre signé Esther Coquoz/kkub.

