[DÉFI’25 FTI] Association Materiuum – Le concept Pop-Uup
Rencontre avec Raphaël Bach,
Architecte et co-Directeur de Materiuum]
Créée à Genève, votre association s’est fait progressivement connaitre comme un acteur du réemploi de matériaux issus de chantiers de démolition. Mais qui est Materiuum ?
C’est une association à but non lucratif qui a pour mission première la préservation des ressources naturelles. Et pour l’accomplir, nous promouvons le réemploi dans les milieux romands de la construction et de la culture, d’où sont issus la plupart de nos membres. Avec une approche transdisciplinaire, nous avons initialement mis en place des structures et un accompagnement qui facilitent le réemploi d’éléments de construction ou de décors de théâtre.
Fort de votre expertise, votre association multiplie en effet les domaines d’activités. …
En ce qui concerne les matériaux proprement dits, nous avons ouvert deux ressourceries, l’une à Genève, l’autre à Lausanne. De même, nous disposons d’un atelier Réemploi et valorisation et un autre dédié à la création.
Simultanément, nous proposons une activité de conseil et d’accompagnement, qui se structure en deux volets distincts, la déconstruction et le sourcing (construction avec du réemploi). Dans ce contexte, nous sommes appelés à intervenir à chaque étape d’un projet de déconstruction, pour anticiper les enjeux du réemploi et maximiser la valorisation des matériaux. À cela s’ajoutent des activités de formation et de sensibilisation sur l’économie circulaire.
Quel projet avez-vous présenté dans le cadre du DÉFI’25 ?
Le projet Pop-Uup doit faciliter la viabilité économique du réemploi de matériaux, en créant des lieux de reconditionnement et de stockage temporaires proches des chantiers d’où ils sont issus.
La rénovation de l’hôtel Fairmont à Genève nous a servi de pilote. Ce chantier représente un gisement de 400 sanitaires que nous avons récupérés, reconditionnés et stockés en vue de leur réemploi. Pour que l’opération soit financièrement à l’équilibre, nous devons disposer d’espaces à proximité de ce gisement. Mais nous ne pouvons pas les louer à l’année et nous ne pouvons pas non plus multiplier les transports entre différents lieux – les coûts exploseraient et aucun repreneur ne serait intéressé.
Je vous donne un autre exemple : nous allons récupérer 5’000 m2 de dalles de béton sur le chantier de la gare de Lausanne. Nous avons déjà identifié le projet qui réutilisera ces dalles à Meyrin, mais d’ici deux ans. Où les entreposer ? Il nous faut un espace transitoire unique où il est possible de les reconditionner et de les stocker.
L’enjeu est donc de trouver des lieux éphémères. Pas facile sur un territoire dense comme Genève…
C’est là où des organismes comme la FTI interviennent. Leur vision de la planification des zones industrielles peut amener à identifier des espaces transitoires.
Précisons que ces espaces doivent nous permettre d’assurer notre travail de reconditionnement, puisque nous recertifions les matériaux collectés, nous garantissons qu’ils peuvent être réemployés. Sur des dalles bétons nous allons contrôler l’absence de fissures, de carbonatation, etc.
Votre dernier exemple montre que la position de Materiuum vous permet d’identifier les repreneurs potentiels de matériaux…
C’est juste, notre association est également un réseau social du réemploi. Dans le cas de la gare de Lausanne, les CFF ont fait appel à nous uniquement pour trouver des repreneurs, l’étude technique était déjà bien ficelée
Avec le premier prix du DEFI’25, Pop-Uup a remporté CHF 15’000.-. À quoi allez-vous consacrer cette somme ?
Le concept en est à ses débuts et ce montant permettra de mieux structurer l’offre en multipliant les prototypes. Cela veut dire l’appliquer à d’autres catégories de matériaux, par exemple des lames de parquet, pour démontrer la viabilité économique de la récupération.
L’année 2026 s’annonce festive pour Materiuum…
Absolument, notre association fête ses dix ans. Nous préparons un événement ouvert à tous au Pavillon Sicli qui se déroulera le vendredi 6 mars. Parmi les animations, une ressourcerie occupera les lieux toute la journée.
En savoir plus sur le réemploi ? Raphaël Bach vient de signer Le Réemploi, simple comme construire aux éditions Charles Léopold Mayer (octobre 2025).
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